Juan-Luis
Pintos
La nouvelle légitimation de la domination
Montpellier /
Santiago de
Compostela,
1994

Publicado
en la revista
Cahiers de L'Imaginaire,
nº 14-15 (1998),
pp. 135-142

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I

Les conditions engendrées à partir de la destruction du modèle des rapports entre les dénommées "Grandes puissances" ("Guerre froide", "Coexistence pacifique", "Désarmement") et la disparition résultante du modèle des "Trois mondes", nous oblige à reconsidérer les transformations de nos sociétés dans un cadre "planétaire" ou de "Système-monde" (1), où l'on part de phénomèmes de "Globalisation" sans oublier ceux de "Localisation" (2).

Cet épuisement ou disparition des modèles et paradigmes qui servaient de référence commune pour expliquer ce qui se passait dans les différentes sociétés (3), et pourquoi cela arrivait, a vidé de contenu les différentes positions idéologiques dans le sens où:

  1. il a rendu les langages politiques traditionnels insignifiants. Ce manque de signification affecte non seulement les discours programmatiques des périodes électorales qui assument majoritairement une rhétorique commune de type pragmatique ( en croyant que les électeurs se comporteront exclusivement comme des "usagers" ou des "clients"- "valeur d'usage" du vote disponible individuellement-), mais aussi les dénominations les plus générales des différents groupes. Il est très difficile de distinguer conservateurs, libéraux ou progressistes selon les politiques (économiques, culturelles, militaires...) que proposent les partis politiques, ainsi que les argumentations utilisées pour défendre leurs propositions (qui sont généralement interchangeables). En dernier lieu, il n'est pas non plus facile de différencier les positions idéologiques traditionnellement appelées de "gauche" et de "droite", malgré les protestations changeantes de ceux qui ne veulent pas être accusés comme tels ou de ceux qui affirment qu'on se situe déjà au-delà de cette distinction (seulement justifiée par rapport au passé); les maux de la droite et de la gauche se ressemblent de plus en plus.
  2. il a remis en question le noyau central de chaque position idéologique. En effet, ce noyau se fondait sur une conception obsolète du pouvoir dont surgissait un point de repère unique de ce qu'est l'ordre social, et sur une croyance à l'unité du monde comme seule réalité ontologique de référence. On disait, banalement, que la droite avait pour programme fondamental la "défense et le maintien de l'ordre existant" et que la gauche prétendait d'une manière ou d'une autre "bouleverser l'ordre et imposer la révolution". Quand les citoyens ont pu observer des positions discursives paradoxalement conservatrices (communismes au pouvoir) et nécessairement promotrices de changement (les plus conservateurs prenant des mesures draconiennes pour en finir avec le dénommé "état du bien-être"), on se rend compte qu'il n'est plus possible de revenir à des schémas antérieurs.
  3. il a laissé en suspens la capacité communicative et émotive des discours idéologiques. Ceci impliquerait, comme résultat, une progressive démobilisation des citoyens face à des questions qui les touchent, puisque l'idée de participation dans l'exposé et la résolution des problèmes communs est remplacée par la "délégation" de cette tâche aux institutions et à la "classe politique" (qui a trouvé des manières de s'auto-reproduire à moindre frais). La rhétorique politique n'est plus nécessaire car les questions importantes ne sont pas débattues (objectifs des institutions, hiérarchisation des souhaits, différenciation des possibilités, justification des asymétries, etc.) et les sujets dont s'alimente le simulacre d'"opinion publique régnante", par le biais des différents "agenda setting", ne fontque nous orienter vers des questions banales (noces royales, faits divers, etc.) ou vers des questions complexes et lointaines (guerres, épidémies, catastrophes, etc.).

Le résultat général auquel nous sommes arrivés, et qui peut être estimé depuis la fin des années quatre-vingt (1989: "Annus mirabilis"), consiste en un manque progressif de légitimation sociale des différentes instances de l'exercice du pouvoir (4). Cette carence touche non seulement les niveaux les plus globaux (ONU, UE, BM, FMI, UNESCO, OMS, etc.) et les états et gouvernements nationaux, mais elle peut également être appréciée dans la pratique des institutions et organisations les plus proches de l'individu (Systèmes de l'éducation, de la santé et de la sécurité, Syndicats, Partis, Mairies, Associations diverses de citoyens, de familles, de moyens de masse, etc.). Ce qui est peut-être en train de se passer, c'est que la fonction des différents pouvoirs a changé et que nous ne l'avons pas encore perÇu d'une manière généralisée.

Nous sommes arrivés à ce résultat par l'un des chemins suivants:

  1. Par la transformation des {valeurs} {habitudes et rélevances} d'une société donnée, sans la génération corrélative {d'un accord}{d’une discussion publique}, qui soit le plus ample possible, sur ces mêmes {valeurs}{habitudes et rélevances}, et qui puisse rendre possible le renouvellement des discours qui légitiment (cas des pays européens "du sud").

  2. Par la disparition d'un monopole idéologique qui légitime le système établi, et son remplacement par des mécanismes stratégiques dépourvus d'idéologies (cas des "pays de l'est").

  3. Par la croyance que la multiplicité et la variété de la consommation de produits pouvaient remplacer la recherche de sens qui surgit dans les sociétés complexes (cas des pays capitalistes centraux).

  4. Par l'imposition de systèmes de démocratie politique formelle dans des zones de conflit permanent et de grandes asymétries économiques parmi les populations correspondantes, dans l'intention d'homologuer les formes de domination légitimées dans le monde capitaliste (cas de quelques zones du "Sud").

II
"La probabilité de trouver une obéissance dans un groupe déterminé pour des ordres spécifiques" (5), selon ce que Max Weber comprend par domination, paraissait avoir besoin d'un type de croyance à une légitimité, qu'elle soit "traditionnelle, charismatique ou rationnelle". L'obéissance à celui qui exerce le pouvoir trouverait ainsi son fondement sociologique (au-delà de la simple violence et de l'économie). Les différentes idéologies politiques (libéralisme, socialisme, nationalisme, conservatisme, populisme, etc.) élaboraient le discours de justification de l'ordre social établi, sans se soucier des ontologies qui définissaient la réalité comme une référence extérieure aux idéologies (6).

D'ailleurs, un phénomène propre aux époques les plus fortement chargées d'idéologies, consiste précisément au maintien d'une hypothèse commune à toutes les idéologies, qui reste en marge de toutes les discussions et qui les rende possibles. Cette référence commune n'est rien d'autre que l'affirmation du monde et d'un ordre "naturel" des choses comme l'unique réalité existante et raisonnable. Les différentes idéologies se distinguaient selon la manière de concevoir, de programmer et de promouvoir les formes qui pouvaient (et qui devaient) assumer cette réalité.

Cette unicité, ou cette considération univoque d'un monde ontologique, était celle qui permettait la différenciation idéologique et le pluralisme politique. L'idée de tolérance tourne ainsi autour de ces limitations fondamentales, puisqu'en prescrivant comme obligatoire "pour tous" une idée unique de réalité, elle doit exclure ceux qui osent penser à d'autres formes de réalité ou à des réalités alternatives (prisons, asiles de fous, “revolutionnaires”, etc.).

Jusqu'à maintenant, les couches dominantes se sont considérées dans le même ordre de réalité que celui des dominés. D'ailleurs, elles avaient besoin de ce monde unique afin de pouvoir exercer ce qu'elles comprenaient par pouvoir, étant donné que celui-ci était toujours défini dans une dialectique de réalité unique (domination, exploitation, appropriation, asymétrie, inégalité, tous ces concepts supposant que ces deux groupes sont situés dans une même réalité sociale).

Les raisons qui essayaient de légitimer les différentes positions sociales s'articulaient dans différentes régions ou champs (économie, politique, culture, religion, institutions, etc.) où étaient produites les argumentations opposées mais toujours régies par un codage commun de la réalité (ontologie, logique, épistémologie, rationalité, etc.). Au cours de ces multiples luttes idéologiques, les phénomèmes suivants ont pu être observés:

  1. Recourir à un critère unique compris comme "vérité" qui, au-delà du niveau logique, pourrait devenir opérant d'une manière empirique, a été de plus en plus problématique.

  2. Maintenir une seule rationalité argumentative (une fois vérifiée son orientation dernièrement totalitaire) est peu à peu devenu limité, pour avoir laissé, hors de l'argumentation, une multitude d'expériences des sujets.

  3. L'apparition d'un conflit de rationalités (7) dans le cadre d'une logique de l'argumentation idéologique a conduit à deux issues non désirables:

    1. soit à la généralisation et au caractère inévitable de l'idéologie, avec la conséquence de l'implantation du relativisme comme unique alternative épistémologique,
    2. soit à la négation des métadiscours comme des totalités extérieures aux argumentations idéologiques, avec la conséquence d'accepter l'équivalence de n'importe quelle alternative idéologique.
  4. Le soupçon, dans beaucoup de cas confirmé, que la position de pouvoir (dominant) a permis d'accéder à des savoirs et à des connaisances déterminés, inaccessibles à partir de positions marginales; ce qui a donné lieu à la généralisation de l'argument "pouvoir=savoir", face à la perspective des dominés "pouvoir (capillaire)=savoirs (fragmentaires)" (8).

Les difficultés pour articuler un discours rationnel, croyable sans la référence au "métadiscours" correspondant et à ses hypothèses ontologiques, ( difficultés créées par cette situation où nous nous trouvons -et que certains définissent comme "Postmodernité"- (9)), ont contraint les groupes détenteurs des différents pouvoirs à utiliser une stratégie différente de justification de la domination.

III
Les fonctions sociales que les discours idéologiques ont exercées se sont orientées vers un renforcement des convictions, une réaffirmation des croyances et un apport d'un fondement rationnel des émotions et des sentiments. C'est pour cela que la mobilisation de masses d'individus a été rendue possible, pour obtenir des objectifs faÇonnés de l'extérieur par une minorité intellectuelle ou le dévouement militant de membres de groupes volontaires avec une forte identité symbolique (religieuse, politique, militaire, patronale, nationale,etc.) aux tâches programmées par les leaders du groupe.

La fonction stricte des idéologies consiste donc à rendre plausibles les contenus du discours et à fournir un sens qui réduise les niveaux de complexité structurale des rapports sociaux de manière à rendre possible les prises de décisions des sujets (antérieurement: "prise de conscience") et l'exécution de rôles multiples (assignés et acquis). Arrivé à ce point, il faut savoir si ces fonctions continuent à être exercées par les idéologies ou, ce qui constitue l'hypothèse de cet écrit, si un remplacement des fonctions (10) est en train de s'effectuer, remplacement nécessaire pour le maintien d'une domination légitimée ou en cours de déligitimation.

Selon nos observations, les groupes actuellement dominants ont laissé de côté, dans une grande mesure, les complications provenant de la construction (ou de la reconstruction) du discours idéologique, afin d'essayer d'obtenir les mêmes résultats à travers d'autres moyens plus accessibles et plus économiques.

En principe, il n'est pas nécessaire de récupérer l'unité perdue des univers symboliques religieux ou politiques tels qu'ils ont été construits à des époques déterminées de l'histoire du monde appelé "Occidental". Il ne faut pas rappeler, comme principe latent dans notre culture de fin de siècle, la phrase de T.W. Adorno: "Le tout est ce qui n'est pas vrai." (Das Ganze ist das Unwahre) (11), qui instaure le règne provisionnel du fragment exorcisant la totalité du champ épistémologique. La réalité empirique du marché a également établi l'inévitable fragmentation de la consommation et la segmentation multiple des consommateurs.

Maintenir la domination n'est plus de "tromper tout le monde tout le temps" mais plutôt de lui faire croire à l'existence ponctuelle de ce qui est provisionnel et éphémère, et qui est à sa portée. Il n'est pas nécessaire de construire de grandes et permanentes plausibilités qui nous affectent seulement dans les "situations limite" ("Grenzerfahrungen"), mais il faut plutôt élaborer les croyances, les sentiments et les savoirs de recette dont nous avons besoin dans nos expériences quotidiennes. Le "Lebenswelt" (12) n'est plus un horizon généralisé de compréhension de la réalité humaine mais plutôt la perspective d'interprétation des événements quotidiens qui fournit une sécurité ontologique fragmentaire moyennant l'absolutisation du présent comme unique fait vécu du temps.

L'offre sociale de sens abandonne toute apparence transcendantale ("sens de la vie", "de la mort", "de la douleur", etc.) pour devenir une stratégie de réduction de la complexité des rapports sociaux. Le sens s'oriente plus vers la communication (en tant que réalisation de possibilités) que vers la satisfaction de buts personnels (13). Pour donner un sens, il ne s'agit plus d'obtenir une illumination sur le monde mais plutôt d'offrir un fil d'Ariane qui nous permette de sortir indemnes du labyrinthe.

IV
Les vastes et complexes processus individuels et collectifs, à travers lesquels a été construit ce que notre culture dénomme réalité sociale (14), ont subi, dans les circonstances actuelles, une rapide (et efficiente à court terme) transformation. Cette transformation a consisté dans le fait que les instances qui détiennent le pouvoir de domination dans une société (fondamentalement à travers les mécanismes du marché qui ont plus à voir avec la distribution et la consommation de marchandises, sans oublier cependant les décisions complexes à propos des processus de production et de la division internationale du travail) et pas l'ensemble des citoyens à travers différents processus de génération de consensus, sont celles qui peuvent décider au sujet de la réalité ou pas de différents phénomènes sociaux. Plus encore, dans beaucoup de cas, il est évident que le pouvoir n'est pas entre les mains des représentants publics dans les différents domaines (Etat, économie, système mondial, Eglise, syndicats, partis,etc.) qui ne peuvent plus modeler la réalité à leur guise, mais qui doivent à présent entrer en lice avec un grand nombre de concurrents horizontaux et verticaux. Ceci explique que les sources traditionnelles du pouvoir (violence, économie, raison) soient entrées dans une profonde crise et que les monopoles des nouvelles alternatives (information, technologies, savoir) n'en finissent pas de se constituer.

Ce qui nous intéresse dans notre argumentation, ce n'est pas tant une redéfinition du pouvoir et de son exercice, ou la différenciation des pouvoirs et de leurs formes d'exercice, mais plutôt l'apparition de substituts fonctionnels de l'idéologie.

Nous nous trouvons dans une situation où la fonction de "construction de la plausibilité" est réalisée au moyen de stratégies généralisées par les canaux massifs de médiatisation sociale, parmi lesquelles se détachent la "naturalisation", le "déplacement" (ou "agenda setting") et la "narrativisation". Différentes stratégies d'évaluation symbolique qui fournissent une construction de sens différenciée selon les positions sociales (dominante, médiatrice, subordonnée) (15) sont peu à peu construites.

Mais tout cela nécessite un mécanisme partagé, un espace social indéterminé, des procédés reconnus par les différentes positions et permettant de rendre vraisemblable la plausibilité et assumables les sens offerts.

Ma proposition consiste à dénommer cette complexe agence sociale ("agency") "Imaginaires sociaux", lesquels seraient des schémas de représentation qui structureraient à chaque instant l'expérience sociale et qui engendreraient aussi bien des comportements que des images "réelles" (16). "Ce qui sera croyable" comme fonction de la plausibilité ne se définit pas par l'apport d'arguments face à un public étant capable de débattre mais plutôt par la construction/destruction d'imaginaires sociaux déterminés, qui permettent d'élaborer et de distribuer d'une manière généralisée des instruments de perception de la réalité sociale construite comme réellement existante (17).

Les imaginaires agissent plutôt dans le domaine de la plausibilité ou de la compréhension généralisée de la force des légitimations. Sans imaginaires déterminés qui rendent croyables les systèmes de rationalisation qui légitime, les vieilles idéologies ou bien sont simplement rejetées par la majorité (et elles deviennent des sociolectes résiduels), ou bien sont maintenues dans le strict champ des idées reconnues comme précieuses, mais qui n'engendrent aucun type de pratique sociale ou de mouvement susceptible de transformer les ordres existants.

V
Un programme de critique de l'idéologie et de ses fonctions sociales devrait remplacer la critique de l'argumentation par la critique de l'imaginaire; à partir des différences engendrées par la consommation, plus que de celles engendrées par la production, comme fondement de l'asymétrie de la domination; faire l'anatomie des systèmes de communication et des pouvoirs et contrepouvoirs qui y sont configurés, plus qu'analyser les ordonnances légales qui essaient de les justifier; désidentifier les offres de "sens" de leurs formes religieuses et laïques afin de rétablir la fonction de sujet des individus reconstruits.

En résumé: Il ne suffit pas de critiquer les vieilles idéologies, ce qui importe est d'engendrer de nouveaux mouvements de sujets conscients qui établissent comme réalisable une société sans dominants et dominés (18).

Notes
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(1) Cfr. Tortosa, J.M., Sociología del sistema mundial, Madrid, Tecnos, 1992.

(2) Cfr. M.Albrow & E.King, Globalization, Knowledge and Society, London, Sage, 1990  (voir aussi I.Wallerstein, pp.157-171); ver también, A.Giddens, The Consequences of Modernity, London, Polity/Blackwell, 1992, pp. 55-78, y Tortosa, J.M., La pobreaza capitalista, Madrid, Tecnos, 1993, 156 p.

(3) On peut voir une analyse aigüe et documentée de cette situation dans l'oeuvre de Drucker, Peter F., Las nuevas realidades, Barcelona, Edhasa, 1989, 388 p.

(4) Cfr. Habermas, Jürgen, Legitimationsprobleme im Spätkapitalismus, Frankfurt, Suhrkamp, 1973.

(5) Weber, Max, Economía y Sociedad, México, FCE, 1969, vol. I, p. 170.

(6) Cfr. Straßner, E., Ideologie - Sprache - Politik, Tübingen, Niemeyer, 1987, 224 p.; Therborn, Göran, The ideology of power and the power of ideology, London, Verso, 1980; Abercrombie,N., Hill,S., Turner,B.S., The dominant ideology thesis, London, Allen&Unwin, 1980; Meszaros, István, The Power of Ideology, London : Harvester Wheatsheaf, 1989, 557 p.; Zima, Peter V., Ideologie und Theorie, Tübingen, Franke, 1989, 476 p.

(7) Cfr. Pintos, Juan-L., Las fronteras de los saberes, Madrid, Akal, 1980, pp. 87-108.

(8) Cfr. Foucault, Michel, Microfísica del poder, Madrid, La Piqueta, 1978 du même auteur., Saber y verdad, Madrid, La Piqueta, 1985. On peut également voir Pintos J.L., “Sentido, sujeto y fragmento en M.Foucault”, repris dans le deuxième chapitre de Las fronteras de los saberes, cité dans la note antérieure.

(9) Cfr. Jameson, Fredric, Postmodernism or, the Cultural Logic of Late Capitalism, London, Verso, 1991, 439 p.; Lyotard, Jean-François, La condition postmoderne. Rapport sur le savoir, Paris, Minuit, 1983, 109 p.; Seidman, S. & Wagner, D.G. (Eds.), Postmodernism and Social Theory, Oxford, Blackwell, 1992, 379 p.; Weimann, R. & Gumbrecht, H.U. (Hrgb.), Postmoderne-globale Differenz, Frankfurt, Suhrkamp, 1991, 385 p.

(10) Sur la manière dont nous comprenons le concept de "fonction" et de "substitut", cfr. Luhmann, Niklas, "Funktion und Kausalität",en Soziologische Aufklärung 1, Opladen, Westdeutscher V., 1970, pp. 9-30; Luhmann, Niklas, "Funktionale Methode und Systemtheorie", en Soziologische Aufklärung 1, Opladen, Westdeutscher V., 1970, pp. 31-53.

(11) Adorno, T.W., Minima Moralia, Frankfurt, Suhrkamp, 1981, p. 57.

(12) Le concept de "Lebenswelt" issu comme on le sait de la pensée phénomènologique (Husserl, E., Die Krisis der europäischen Wissenschaften und die transzendentalen Philosophie, 1936), a été introduit dans le domaine des sciences sociales par Alfred Schütz (“Phenomenology and Social Sciences” (1940), “Husserl’s importance for the Social Sciences” (1959), se trouvant tous dans  Collected Papers, I, The Hage, M.Nijhoff, 1971, pp.118-149) et développés dans une perspective que nous nommerions aujourd'hui de "constructiviste" (Voir, On multiple realities (1945), ibidem pp. 207-258),  jusqu'au point de le convertir en l'axe de sa théorie sociologique dans sa dernière oeuvre (Strukturen der Lebenswelt, 2 vols., Frankfurt, Suhrkamp, 1979 y 1984, publiés posthumement par Thomas Luckmann). L'oeuvre de Berger & Luckman cité dans la note 14 entrerait dans la séquence de Schütz. Un exposé de la dernière décennie à partir de la perspective sociologique est réalisé par Jürgen Habermas dans sa théorie de l'action communicative (1981), où le concept de Lebenswelt se distingue et se conjugue avec celui de "Système social".

(13) Le vieux thème weberien du "sens en question de l'action" a fait l'objet d'une remise en question radicale de la part de Niklas Luhmann dans un long article de 1971 (“Sinn als Grundbegriff der Soziologie”, publié dans le débat avec Habermas, Theorie der Gesellschaft oder Sozialtechnologie, Frankfurt, Suhrkamp, 1971, pp. 25-100), jusqu'au chapitre qu'il lui consacre dans son oeuvre de synthèse de 1984 (Soziale Systeme, Frankfurt, Suhrkamp, 1984, pp. 92-147) et les énoncés les plus récents qui le mettent en rapport avec la communication comme noyau fondamental du système social (Die Wissenschaft der Gesellschaft, Frankfurt, Suhrkamp, 1990, pp.683-687)  et comme construction de l'observation de second ordre (Beobachtungen der Moderne, Opladen, Westdeutscher, 1992). Dans une tradition différente, mais en partie coïncidente, est intéressant: Ibañez, Jesús, Del algoritmo al sujeto, Madrid, Siglo XXI, 1985, pp. 19 (nota 19), y pp. 99-100.

(14) Cf principalement à Berger, Peter L. & Luckmann, Thomas, La construcción social de la realidad, Buenos Aires, Amorrortu, 1976, 235 p.; ainsi qu'à celui qui est à l'origine de cette interprétation, Schütz, Alfred, [1962], Collected Papers, I. The Problem of Social Reality, The Hague, Martinus Nijhoff, 1971, 361 p., et une version plus actualisée dans Thompson, John B., Ideology and Modern Culture. Critical Social Theory in the Era of Mass Communication, Camdridge, Polity, 1992, 362 p.

(15) Cfr. Thompson, J.B., ibidem, pp. 60-67 y 158-162.

(16) Cfr. Ledrut, Raymond, "Société réelle et société imaginaire", en Cahiers Internationaux de Sociologie, 82 (1987) 45. La littérature sur les imaginaires sociaux n'est pas encore abondante. En plus de quelques-unes de mes recherches, citées dans la note 17, on peut consulter avec profit: : Balandier, Georges, Le détour. Pouvoir et modernité, Paris : Fayard, 1985, 271 p.; Castoriadis, Cornelius, L'institution imaginaire de la société, Paris, Seuil, 1975, 505 p.; Francastel, Pierre, La réalité figurative: Paris, Denoël/Gonthier, 1965; Védrine, Hélène, Les grandes conceptions de l'imaginaire de Platon à Sarte et Lacan, Paris, Livre de Poche, 1990, 160 p.; ainsi que Kearney, Richard, The Wake of Imagination. Ideas of creativity in Western culture, London, Hutchinson, 1988, 467 p. y Kamper, Dietmar, Zur Geschichte der Einbildungskraft, Reinbek, Rowohlt, 1990, 302 p.; Kamper, Dietmar, Zur Soziologie der Imagination, München : Carl Hanser, 1986, 216 p.

(17) Cfr. Pintos, J.L., “Sociocibernética: marco sistémico y esquema conceptual", en Gutierrez, J. & Delgado, J.M. (Eds.), Métodos y técnicas cualitativas de investigación social, Madrid, Síntesis, 1994, pp. 563-580; Pintos, J.L., "El imaginario social de la religión (Perspectiva desde Galicia)", en O feito relixioso na Historia de Galicia, Santiago, A.G.H., 1993, pp. 175-199; y Pintos, J.L., "Espacios públicos y espacios privados. Sobre los usos políticos del espacio", en Concepcións espaciais e estratexias territoriais na Historia de Galicia, Santiago, Tórculo, 1993, pp.223-239. (...) De plus, seront prochainement publiés: Pintos, Juan-L., "Orden social e imaginarios sociales: una propuesta de investigación)", Revista Papers, 1995 y Pintos, J.L., “La nueva plausibilidad (La observación de segundo orden en Niklas Luhmann“, Revista Anthropos, 1995.

(18) Pour une bonne illustration de ces lignes programmatiques, on peut voir: Ibañez, Jesús, El regreso del sujeto. La investigación social de segundo orden, Madrid, Siglo XXI, 1994, 193 p.